INTERVIEW DE RAF

1) Peux-tu te présenter (pourquoi Raf ?)?
Salut, je suis un énergumène de 34 ans, qui a hérité du surnom de Raf il y a bien longtemps, en 1986, surnom permettant diverses interprétations grâce à ses initiales déjà employées par quelques joyeux drilles en Allemagne (spécialisés dans l'enlèvement-surprise de grands patrons, la guérilla urbaine et la barbe mal taillée), et éventuellement déclinable en " Rien A Foutre ", par exemple (c'est assez punk, ça). A cette époque, l'ambiance sociale et politique était assez tendue, même si depuis les choses ne se sont pas vraiment arrangées ; du coup, le punk et les idées libertaires aidant, y a eu comme une symbiose entre musique et idéaux !

2) Comment es-tu rentré dans l'aventure punkoïde ?
Par la radio ! Et par mes frangines. J'entendais souvent du rock par leur biais. A l'époque des groupes comme TRUST ou TELEPHONE étaient assez énormes, et dans les campagnes, nombreux étaient les fans d'AC/DC ! Je connaissais donc tous ces groupes, ainsi que BIJOU, RENAUD que ma sœur aînée vénérait, ou NINA HAGEN que j'aime toujours beaucoup. La radio, après 81, s'est ouverte légalement à d'autres stations, c'était la grande époque des radios-libres, et c'est comme ça qu'à côté du bled où j'habitais, il y a eu pendant un temps Radio Brive Licorne, qui passait pas mal de trucs sympas. Une de mes frangines était au lycée à Brive, et elle écoutait ce genre de trucs, surtout de la new-wave, en fait. C'est comme ça qu'elle a rapporté à la maison le 1er LP de LORDS OF THE NEW CHURCH, par exemple, dont je connaissais la pochette dans les moindres détails, ou le 1er U2…Sur cette radio, un gars faisait une émission hyper pointue sur ces styles, punk, new wave, oi ! même. Elle enregistrait des titres un peu au hasard, et en repiquant les K7, j'ai connu les PISTOLS, les RUTS, OPPRESSED même (je peux te dire qu'il s'est passé un moment avant que je découvre le titre de la chanson, et sur quel disque c'était ! Mais je connaissais phonétiquement par cœur " Urban Soldiers " !). Aussi des trucs plus obscurs comme DORMANNU, et de la new wave. Je suis resté fan de KILLING JOKE par exemple.
Bref, ces K7 m'ont suivi, et j'étais hyper curieux de la scène punk, surtout, je dévorais tout ce qui traînait à la maison en matière de rock, c'est à dire le magazine BEST ( !). Et y avait pas grand chose ! Plus tard ma frangine " new wave " a bougé à Bordeaux, et elle m'a rapporté un numéro de WARDENE, une news-letter faite par le zine LES HEROS DU PEUPLE SONT IMMORTELS. C'était le premier zine que je lisais, et le départ d'une passion pour la presse indépendante ! Ca me paraissait mystérieux et inaccessible, qu'autant de gens puissent faire des concerts, des groupes, des zines, des disques, alors que dans mon bled, il n'y avait qu'un punk, qui passait d'ailleurs plus pour un tox qu'autre chose. J'ai cherché des infos, commandé des K7 live par les annonces de BEST (quelle putain d'arnaque en y repensant ! les gars faisaient des K7 pirates d'après des live comme " On Stage " d'Exploited !), essayé de trouver quelque chose pour satisfaire ma curiosité (comme quoi, une bonne périodede frustration, et c'est parti pour 20 ans ! !).
Quand je suis rentré au lycée à Brive en 85 ; au début, je m'intéressais moins à la zik, plus au BMX ! Mais à la fin de la 2nde, et surtout en 1ère, j'ai rencontré d'autres gars qui m'ont passé des K7. Ca m'a permis de connaître UK SUBS et leur fabuleux live Crash Course, 999, les VIBRATORS, quelques groupes Chaos et L.S.D. J'ai acheté mes premiers disques là-bas aussi, PISTOLS, CLASH. J'ai zoné dans les librairies du coin pour me documenter sur le punk, les PISTOLS (à l'époque, il n'y avait pas grand chose d'écrit, à part dans les encyclopédies du rock !), l'anarchisme… Y avait l'émission DECIBELS aussi sur FR3, ils passaient de bons trucs, ça m'a permis de découvrir des groupes intéressants comme AGENT ORANGE, KORTATU, et des groupes français comme les BERUS, AL KAPOTT, les PRIVES, les PORTE-MENTAUX…Je suivais tout ça. Un jour, je vois une annonce dans DECIBELS, avec leur adresse de page minitel (et oui ! y'en a à qui ça rappelle des trucs ? ;) l'ancêtre de l'internet, en quelque sorte). Ils avaient une sorte de forum moins au point que ceux que l'on connaît. C'est là que je suis entré en contact par hasard avec Ant, chanteur d'un groupe hyper engagé et totalement D.I.Y.de Béziers, OUTRAGE / REBELLION. C'est par lui que j'ai eu les premiers contacts avec des zines plus politisés, comme J'ACCUSE, de Rennes, ou ZINE OF SHIT de Nantes. Là, c'était bien parti. J'ai commencé à vraiment plonger là-dedans, j'ai sorti le 1er n° de mon zine GUERILLA URBAINE, très primitif et mal foutu, mais ça ne m'a pas dissuadé de persister ! Après j'ai commencé une petite distro, grâce à NEW WAVE en particulier. J'ai connu PANX, aussi, puis MALOKA dont j'ai distribué la 1ère prod. à sa sortie, le double EP de PSYCHO SQUATT (un mythe !). Ce sont des amitiés durables d'ailleurs. Et finalement tous ces gens sont toujours là d'une façon ou d'une autre. J'ai pratiqué pas mal aussi l'échange de K7, avec des correspondants français ou étrangers, dont mon regretté pote finlandais Kimmo, électricien, mort au boulot sur un chantier. Les chain-letters aussi étaient un bon moyen de découvrir d'autres scènes, européennes ou non.


2)bis à l'époque, est-ce que l'on méprisait et testait les petits nouveaux qui devenaient punks comme aujourd'hui ? ou sommes nous devenus des vieux cons ?
Aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu ces conneries de mépriser les jeunes, ou de se foutre de leur gueule, bien sûr. Evidemment y a des trucs qui peuvent paraître agaçants à quelqu'un qui connaît bien la scène, dans le comportement des plus jeunes. Mais éviter ça, c'est aussi une façon de ne pas être blasé. On a tou(te)s à apprendre des autres, heureusement. Faut croire que ces notions puantes de bizutage ont la peau dure.

3) Quelles furent et sont les diverses activités auxquelles tu as participées plus ou moins liées à la grande déesse rock'n'roll ou anarchiste ?
Musicalement, dès mon arrivée à Limoges, en 88, j'ai essayé de prendre contact avec des gens, de remonter ATTENTAT SONORE. Bref, je connaissais pas encore trop de monde, mais avec quelques gars rencontrés à la fac, on a pu échanger pas mal de zik et d'idées. Ca m'a amené à diverses choses. On a fait une émission, Panik !, sur une radio-libre. Elle a duré 12 ans (avant qu'on se fasse tej' parce qu'on était pas dans la ligne musicale, et qu'on ouvrait nos gueules en critiquant la mort cérébrale de cette radio, qui a sacrifié toute son originalité et sa spontanéité au fil des ans). Cette émission nous a permis de rencontrer beaucoup de gens, et on en rencontre encore qui nous en parlent. Elle a eu je pense pas mal d'impact ici à une époque où il était difficile d'avoir des infos et des disques hormis ce qui était distribué nationalement. Elle nous a obligé aussi d'une certaine façon, à nous tenir au courant, à trouver des zines, des skeuds, des infos ; elle nous a permis de faire des interviews (qui m'ont servi plus souvent pour le zine) avec des groupes qu'on aurait jamais pensé approcher un jour : ROLLINS BAND, FLITOX, YOUTH BRIGADE, M.D.C., D.O.A., AGNOSTIC FRONT, SICK OF IT ALL etc.
Il y avait beaucoup de concerts ici au début des années 90, essentiellement hardcore, avec des pointures (SUICIDAL TENDENCIES, D.R.I., ACCÜSED, et plein d'autres). Après il y a eu un creux, niveau public, qui a duré très longtemps…Puis il y a eu la vague Garage, avec des concerts plus modestes mais bien barges…tous les groupes de chez Crypt Rds passaient ici au 22, rue de la Loi (RIP). Ceci dit, on avait envie de faire passer d'autres groupes, alors on a monté notre asso, DO IT YOURSELF, en 94. Et on a commencé à organiser nos propres concerts, comme on pouvait, le 1er avec SEVEN HATE, ABDOMENS et un groupe local, puis d'autres par la suite, SCRAPS, TEARS OF A DOLL, puis plus tard WEAK, TV KILLERS, les PARTISANS, CASUALTIES, DEADLINE, P38, DEVOTCHKAS, RAW POWER, INNER TERRESTRIALS, VARUKERS, ATTILA THE STOCKBROKER, GEE STRINGS etc. L'asso existe toujours, jamais subventionnée, mais en contre partie on n'a pas de moyens extraordinaires, on fait comme on peut avec c'qu'on a !
Côté groupes, j'ai joué dans quelques formations ici. En 90, un pote m'a demandé de le rejoindre dans un groupe punk qui existait plus ou moins, les PSYCHOBARGES. Au chant il y avait Bruno, qui a monté les BUSHMEN. C'était du punk qui oscillait entre grosse déconnade (surtout au début) et vision pessimiste voire cynique (surtout à la fin !). On a enregistré 2 démos, une seule est sortie malheureusement. J'y ai joué de la gratte jusqu'au split. On a fait quelques 1ères parties comme celles de MEGA CITY FOUR (notre 1er vrai concert !), LUDWIG VON 88, DIRTY DISTRICT… On a même joué avec l'embryon de DISBEER, APATRIDE BUNKER (bon c'est un peu résumé, mais vous ne m'en voudrez pas, Michel et Tony ?). J'utilisais la boîte à rythmes d'A.S., d'ailleurs. Après le split, j'ai joué avec Bruno dans MISTER BLOND. C'était bien aussi, mais Bruno a préféré se consacrer aux BUSHMEN à plein temps, ce que je comprends facilement. Après j'ai rejoint l'autre gratteux des PSYCHOBARGES dans un nouveau groupe qui s'appelait NANTIS ! Mais on n'a pas fait grand chose à part quelques démos et un passage sur la compil CD " Pogoiting with the Frogs ". Depuis, je n'ai pas eu vraiment d'autre groupe à part A.S.
Côté politique, au début des années 90, il y a eu un fort mouvement anar ici, qui d'ailleurs ne s'occupait pas d'étiquettes, mais de propager des idées. C'était très efficace, bien organisé, et indépendant. Et on se marrait ! Rattaché ni à la F.A., ni à autre chose (quoique, à l'époque, à part la F.A…), dans le but de développer quelque chose localement. On avait des contacts avec d'autres groupes, quand même. Ca a duré plusieurs années, mais les meilleures choses ont une fin (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a plus de militantisme anar depuis). Il y a eu aussi le SCALP, qui est parti de la fac. Les deux ont cohabité pendant cette période. On était un peu les moutons noirs, l'UNEF locale étant assez partagée à notre sujet ! ahah. Le fonctionnement du SCALP était un peu différent et plus souterrain. Plus axé sur l'antifascisme (réunissant des sensibilités différentes donc) et la zik évidemment, aussi. Mais les deux mouvements ont permis l'existence d'événements durables, et ont créé des liens avec différents publics. C'était une richesse plus qu'une concurrence !


4) bis ton fanzine existe-t-il toujours ? (c'est difficile à savoir !!) si oui quels sont tes projets à son propos? quel bilan tirerais-tu de ces années de fanzinat ?
Oui, il existe toujours…mais je mets très longtemps à sortir chaque numéro, car je fais d'autres trucs en même temps, je glande, je n'ai pas de deadline et ne m'en fixe pas. J'ai beaucoup de chroniques pour le prochain, et quelques interviews comme celles de the FEEDERZ, BONEHOUSE, RIOT / CLONE, SWELLBELLYS, la traduction d'un extrait de l'autobiographie de Joey Shithead (le chanteur de D.O.A.), etc.
Bilan extrêmement positif personnellement ! Le zine m'a permis de découvrir des groupes, de les rencontrer, de rester en contact avec eux parfois (comme avec Joey Shithead). J'interviewais quasi-systématiquement tous les groupes qui passaient par ici ou que j'allais voir, même si je n'ai pas tout utilisé. FUGAZI, ROLLINS, CONFLICT, S.O.I.A., AGNOSTIC FRONT, MURPHY'S LAW, YUPPICIDE, ECONOCHRIST, LIFE…BUT HOW TO LIVE IT ? et des tonnes d'autres. Il m'a aussi permis de rencontrer des ami(e)s plus discrets avec lesquels on a échangé pas mal, même si parfois on s'est perdus de vue (mais que fait Jacques Pradel… ?). Avec internet, on se retrouve parfois un peu par hasard, c'est assez cool je dois dire.

5) Quand et comment as-tu commencé Attentat Sonore ? Quelles sont tes fonctions au sein du groupe ?
L'idée du groupe remonte à 1986. En fait on l'avait monté à deux au départ, avec un autre guitariste, mon cousin ! Au début, on ne savait absolument pas jouer (on n'a jamais été des virtuoses). Il a appris plus vite, je pense qu'il avait du gratouiller sur la sèche de son frangin ! Il jouait mieux que moi, et ça n'a pas changé ! ahah. Le hic, c'est qu'il habitait dans le Gers, et à l'époque on était loin d'être majeurs. Enfin, en se voyant pendant les vacances, on a essayé d'écrire quelques chansons, d'adapter d'autres classiques des PISTOLS (" Anarchy in the UK " chantée en allemand ! !) ou même d'EXPLOITED (" Don't forget the Chaos " avec un texte réécrit). On avait en tout et pour tout un ampli 30 W avec K7 incorporée (grâce auquel on enregistrait en branchant tout dessus !), un ampli 10 W pour la boîte à rythmes et la deuxième guitare, et une boîte Roland qui datait déjà pas mal. A l'époque j'écrivais tous les textes (je me faisais pas trop chier ceci dit), et on faisait la zik à deux. En fait on laissait tourner la boîte, et on jouait par dessus avec un maximum de disto, en gueulant comme on pouvait (on n'a jamais su chanter non plus).
Quand je suis arrivé ici, j'ai voulu remonter l'embryon de groupe qui n'avait sorti que deux démos en split avec OUTRAGE / REBELLION. Je bossais tout seul du coup, sur un quatre pistes à K7, j'écrivais des morceaux, je faisais des reprises pour m'entraîner. C'est comme ça qu'est sortie la K7 " War & Peace " en 90 d'ailleurs, essentiellement avec des bidouillages faits à la maison ! Après cette démo, on a eu pas mal de formations différentes. Souvent avec une chanteuse. Le groupe était et dans une certaine mesure est toujours un collectif informel plus qu'un groupe. La formation s'est stabilisée autour de Loulou à la basse et moi à la gratte, longtemps avec Tintin au chant, et une chanteuse, Miss Koala. Remplacée par Marie. On a laissé tomber la boîte en 98. Moult batteurs, aujourd'hui, il y a Steph à la batterie (aussi dans DREW BARRYWHITE et OLD'S COOL), Régis au chant depuis 98 aussi, Murielle au chant depuis novembre 2004, et Laurent à la basse depuis le printemps 2005. On a fait le dernier concert avec Marie au festival des Graillouteurs en 2004. Et le dernier avec Loulou à Périgueux en juin 2005.


4)bis : Attentat Sonore semble un des rares groupes appréciés par les scènes punk et skinhead, même anarchopunk, pourquoi à ton avis ? ça cohabite bien aux concerts ?
Je sais pas, c'est difficile de répondre à ça, en étant dans le groupe c'est pas évident. C'est vrai qu'il y a des punks, des skins, des gens lookés ou pas, c'est un public assez mixte on va dire. Tant mieux. Peut être qu'il y a des gens qui apprécient qu'on n'en fasse pas des tonnes par rapport aux idées exprimées, qu'on soit clairs sans pour autant faire du prosélytisme à tout va ? Aux concerts ça se passe bien, on aime bien finir sur "la reprise de " Work Together ", ça résume assez bien l'esprit aussi après tout.

4) ter : ça t'a fait quoi de te retrouver dans Punk Rawk ?
Personnellement ? Pas grand chose. Une certaine frustration de voir nos propos résumés à quelques phrases parfois réécrites, mais la satisfaction tout de même qu'un groupe comme le nôtre puisse faire passer un message différent d'autres. C'est évident que l'aspect musical prédomine dans ce magazine, donc y faire passer un message autre est toujours intéressant ; faut pas croire que les lecteurs de ce magazine sont tous des benêts pré-pubères, comme certains se les imaginent, tu ne nais pas en étant abonné à Profane Existence, Slug & Lettuce ou Maximum Rocknroll. Quand on était gamins à la cambrousse, trouver Best c'était déjà bien…eheh.

6) C'est vrai que vous avez arrêté les chansons végétariennes car il y avait un boucher dans le groupe ?
Ah ah ! Non, pas vraiment, quelqu'un a dû déformer l'information quelque part en route ! Régis a bossé pendant un temps dans un abattoir, aux services vétérinaires (contrôle des maladies). Mais bon, c'était provisoire. Remarque, maintenant que tu le dis, c'est vrai qu'il ressemble un peu à un boucher (non, Régis, lâche ce hachoir ! je t'aime comme tu es !).
Pour les chansons " végétariennes ", on n'en a jamais eu qu'une, que l'on a arrêté de jouer il y a longtemps. Il s'agissait d' " Auschwitz pour animaux ", un morceau qui pétait bien, mais au niveau du texte, honnêtement, je ne l'écrirais plus comme ça aujourd'hui. Je l'ai écrit en 89, juste après être devenu végétarien. Du coup, je pense que j'avais un peu exagéré le trait ! Sans parler de la possibilité de mauvaise interprétation du titre (j'ai entendu des gens dire que l'on minimisait la Shoah… évidemment, non, mais la comparaison se voulait frappante, entre deux mécanismes : la façon dont les nazis traitaient les êtres humains et celle dont les élevages en batterie, les labos scientifiques, l'industrie traitent les animaux. C'était sûrement maladroit. Mais arrivé à un certain stade, tu n'as plus trop envie de passer du temps à expliquer ce que tu voulais dire pendant un quart d'heure…Donc exit, " Auschwitz pour animaux ". A mon avis, un texte comme celui de " Cats and dogs " de GORILLA BISCUITS, dans l'album " Start Today ", est bien mieux vu. L'angle est plus positif. Enfin, aujourd'hui, on est trois végétariens dans le groupe, et la cohabitation se passe très bien… Les deux viandards sont d'excellents cuisiniers l'un comme l'autre, et ils nous traitent royalement ! :)

6) Es-tu végétarien ? pourquoi ?
Oui, je le suis depuis juin 89. J'y avais réfléchi pendant un an à peu près, l'idée faisait son chemin. Ant y était pour beaucoup, ainsi que mes lectures fanzinesques de l'époque. Je me suis rendu compte que c'était idiot de considérer différemment un animal comme un chat ou un chien et une vache, un mouton, une poule… Donc si je n'étais pas prêt à bouffer mon chien, pourquoi bouffer un autre animal ? Même sous la forme appétissante d'un pâté, d'un rôti, etc. Le coin d'où je viens est très axé sur la nourriture, et la viande, ça n'a pas été très simple d'habituer la famille à ce régime. Mais bon, depuis, je n'ai jamais plus mangé de viande. Aujourd'hui, c'est devenu facile de manger végétarien, donc faire souffrir des animaux, pour mon plaisir de gourmet, non. Sans compter les raisons écologiques, ou économiques, qui peuvent pousser quelqu'un à arrêter le massacre.


6) bis à ton avis est-ce que l'acceptation des " minorités " (femmes, homos, végétariens….) dans le milieu du punk a fait des progrès ?
Pas que dans le milieu punk, dans le milieu rock en général il est beaucoup plus courant de voir des groupes avec des membres végétariens, des femmes ou des homos. Certains le revendiquent, d'autres, non, mais en tout cas c'est effectivement plus courant. La société a changé de ce point de vue-là même s'il reste beaucoup de progrès à faire (le nombre de punks ou skins homophobes a-t-il vraiment beaucoup diminué ? c'est dur à dire, en théorie oui parce qu'il y a eu un gros boulot d'information fait, et je parle pas seulement de stigmatiser les " écarts de langage ", évidemment). Ces luttes sont parfois devenues des sources de revenus pour les commerciaux aussi, la récupération guettant toujours tout mouvement !

7) Comment penses-tu gérer ta vie de tous les jours, et les compromis qu'elle entraîne, avec tes convictions ? d'ailleurs, c'est quoi tes convictions ? Penses-tu que l'on puisse être toujours fidèle a ses idées ?
Je ne pense pas faire plus de compromis que nécessaire dans ma vie quotidienne. Le système dans lequel on vit est loin d'être juste, mais rien ne nous oblige non plus à en profiter pour écraser le voisin. Ce qui signifie que même si l'on se doit d'imaginer une société meilleure (les cyniques, arrêtez de ricaner au fond, je vous vois !), et se battre pour y arriver, on ne peut pas non plus renoncer à améliorer ce qui merde au quotidien. Je ne parle évidemment pas d'élections ou de citoyennisme à la petite semaine. Mais dans les faits, concrètement, on peut mettre la main à la pâte plutôt que de laisser le merdier se développer, non ? Bon, ok, on peut tous avoir envie d'envoyer le monde se faire foutre, et ça m'arrive aussi, mais la société crève d'apathie et de passivité. Pour ma part, j'essaie de participer quand il y a besoin et de concilier mes propres objectifs avec ce que je fais chaque jour, le plus possible, et comme tout le monde, sans y arriver tout le temps…
Mes convictions…Je crois à la solidarité et l'égalité, à la libre association, à l'éducation, à l'échange de bons procédés…Je me méfie du pouvoir et de ceux qui le détiennent, et je ne parle pas que des gouvernants ou des grands patrons…Je crois aussi fermement qu'une société ne peut être solide et égalitaire si les individus qui la composent ne sont pas eux mêmes autonomes et solides. Bref, tout l'inverse de ce à quoi tendent les nouvelles lois du marché où les entreprises sont morcelées, les individus isolés et donc fragilisés, les emplois précarisés, les lois modifiées pour multiplier les statuts… " Diviser pour mieux régner " - rien de nouveau à l'ouest, mais que de vérité dans cette petite phrase. Pendant que l'on passe du temps à se quereller pour des conneries, on se fait tondre la laine sur le dos (image refusée par l'Amicale des Fabricants de Pull en Pure Laine !).
Quant à savoir si l'on peut rester toujours fidèle à ses idées… Chacun fait avec sa conscience, mais les années 80 nous ont montré tout le cynisme des pontes de 68 dans leur reconversion.


7) bis tu travailles ? tu fais quoi (vos papiers svp), ça te plait ou t'es " esclave salarié " ?
Ouaip je travaille, à essayer de gérer comme beaucoup d'autres les résultats de la politique des gouvernements précédents et actuel en matière d'éducation. Autrement dit, essayer de sauvegarder l'idée d'une éducation accessible à tou(te)s, pour leur donner les moyens intellectuels de réfléchir par eux-mêmes et s'épanouir un minimum dans une société de plus en plus merdique. Te dire que c'est simple et tous les jours gratifiant serait mentir ! Les gamins apprennent plus vite à se bouffer le nez qu'à découvrir les plaisirs de la lecture, tu t'en doutes. Mais ça arrange bien l'état et les patrons que ce soit comme ça, ils ne feront rien pour améliorer la situation.

8) Question chiante : pourrais-tu me présenter les disques de ta collec' les plus importants à tes yeux, et nous dire pourquoi ?
Chiante, pas trop, non, j'ai vu pire ! ;) Disons que c'est toujours délicat de choisir. Si tu veux que j'explique pourquoi, ça va durer un moment, c'est toi qui me dis si tu es pressée ou pas ! Bref. Les disques les plus importants ne sont pas toujours les plus rares. Par exemple, les premiers : N.M.T.B. des PISTOLS, pour la rupture avec le reste et la voix de Rotten ; L'Âge d'Or de METAL URBAIN, un classique sans âge, à des années-lumière de la scène française de l'époque ; Hear Nothing, See Nothing, Say Nothing de DISCHARGE, pour la fureur et la simplicité ; la compil Rodney On The ROQ vol. 1, pour les groupes punk / hardcore U.S. de la première vague qu'elle m'a fait découvrir (BLACK FLAG, AGENT ORANGE, ADOLESCENTS,…) ; P.L.C. d'OBERKAMPF, pour le côté torturé et insolent ; la compil Les 30 plus grands succès du punk pour la découverte de tous ces classiques français de la scène de 77-80.
Après, des disques que je ne vendrais jamais, il y en a. Radio Flic / Killer Man de GASOLINE, le single punk français le plus abrasif. Le single des OLIVENSTEINS et leur punk provo et classe (oui, c'est possible !). Pour moi ce sont les meilleurs trucs sortis en France. Après à l'étranger, l'intégrale des RUTS (un groupe fabuleux, bien trop méconnu) ; le premier single de the OPPRESSED (pour l'unité et la rage !) ; le premier LP des SUBHUMANS (grandissimo) ; l'album de CRUCIFIX (quelle furie…dommage qu'ils aient arrêté si vite) ; la plupart des disques de CRASS et CONFLICT ; les deux premiers D.O.A. et leurs singles de l'époque ; les premiers EPs de chez Dischord, et les vieilleries hardcore de l'époque (américaines ou non, j'ai un faible pour l'Italie, d'ailleurs !) ; le 2ème EP de NABAT ; le 2ème d'IRON CROSS (meilleur que le premier à mon goût) ; les singles de l'époque No Future / Riot City ; HEIMAT-LOS (un groupe français qui était en avance sur son temps !) ; j'ai dû en oublier plein, mais bon… Je pourrais m'attarder un peu trop longtemps. Plein de trucs punk 77, garage, hardcore, reggae, oi ! ou autres.

9) Comment en es-tu arrivé à côtoyer la scène skinhead ? que penses-tu de son passé et de son présent?
Par la zik, aussi bien la oi ! que le reggae et le ska d'ailleurs (bien que mes connaissances dans ce domaines soient bien plus limitées !). Au début, je n'étais pas trop intéressé par ces deux sortes de zik, mais bon, par le biais d'OPPRESSED, j'ai connu d'autres groupes, ceux des compils de chez Oi ! Records (dont OI POLLOI d'ailleurs ! le premier skeud d'eux que j'ai acheté étant leur split LP avec the BETRAYED), puis BUSINESS que je connaissais par les compils du style de " UK / DK ", et toujours par les compils, " Oi ! Oi ! That's Yer Lot " achetée à cause de l'inédit d'OPPRESSED. Et puis tous les classiques, COCK SPARRER, 4 SKINS, etc. Il y a eu pas mal de rééditions aussi dans les années 90, comme ANTI-SOCIAL par exemple.
Pour le reggae et le ska, j'y suis peut être venu plus par les concerts, même si j'écoutais déjà pas mal de groupes punks influencés par le reggae à commencer par les RUTS ou CLASH. LKJ sur scène par exemple, c'était une énorme claque, et finalement c'était aussi politique que la plupart des groupes punks. Les compils Trojan aussi, sont pour quelque chose là-dedans.
Du coup, après, tu rencontres des keums qui sont skinheads sans être pour autant racistes ou relous, et tu revois ton jugement sur les skins en général. Bon, évidemment, tu t'aperçois vite que les querelles existent aussi chez les neusks, tu te rends compte des rivalités à la con, du côté bourrin plus ou moins bien géré qui amènent certains à la surenchère...Un peu comme partout, quoi. Après, j'ai jamais été skinhead, je ne me vois pas juger la scène même si je la connais un peu, dire si " c'était mieux avant… " Disons qu'aujourd'hui, les choses sont plus claires sans doute, politiquement parlant, dans ces scènes, même si ça a focalisé pas mal de haines. Mais un truc que je peux pas blairer, dans aucune scène d'ailleurs, c'est le côté uniformité et défilé de mode. Ca, ça me gonfle vraiment, et ça peut amener à des trucs vraiment idiots. Même chose pour le manque d'originalité dans les paroles et les thèmes des chansons, ça, ça finira de tuer le trip, certainement. Un groupe comme les TECKELS était à cent lieues de ça, et c'est pour ça qu'ils étaient apprécié de plein de gens de divers milieux. Les groupes de Oi ! actuels, franchement, y en a pas beaucoup qui tiennent la route au niveau de la zik ET des textes. Et moi, un groupe avec des textes nases, j'ai du mal.

10) Penses-tu qu'anarchopunk et skinheads puissent s'entendre ?
Disons qu'à la base ils ont quelques points communs :
- ce sont des humains (avec les particularités physiologiques qui s'imposent : boire, manger, baiser et j'en passe ; particularités physiologiques qui peuvent aussi donner du plaisir, bien sûr, mais revenons à nos moutons !),
- ils aiment la bonne zik, en faire et en écouter,
- ils refusent le choix de société qu'on leur impose, et ils n'aiment ni les uns ni les autres qu'on leur dise ce qu'ils doivent faire !

Bien sûr, ils ont aussi des défauts en commun : certains se croient plus égaux que d'autres, ont tendance à mépriser un chouia ceux qui ne sont pas dans le trip, en particulier les jeunes, et ont besoin qu'on les rappelle parfois à la réalité…
J'ai bon, là ? ;-)
Bref, je ne pense pas que TOUS les anarchopunks et les skinheads puissent s'entendre, mais il peut y avoir des points de vue ou des combats communs (pas mal de neusks sont intéressés par la libération animale, par exemple, et les festivals anti-racistes attirent des gens des deux scènes). Tu dois bien en connaître qui s'entendent sur pas mal de choses, toi aussi. Après, ça ne doit pas faire disparaître l'esprit critique de chacun, ni sa personnalité, bien entendu. " La diversité, c'est la vie ; l'uniformité, c'est la mort. "

11) Te considères-tu comme anarchopunk ? Que penses-tu de la scène actuelle ?
Quitte à avoir une étiquette, pourquoi pas. Surtout si elle est posée de façon négative. Ceci dit, le punk en lui-même et par son histoire est libertaire, mais ses évolutions récentes ne le montrent pas forcément !
La scène anarcho-punk actuelle ? Je la suis plus ou moins, j'ai du mal avec tout ce qui est trop crust ou screamo, pas mon truc. Mais j'essaie de me tenir au jus, et généralement je suis assez satisfait de ce que je peux entendre. Au niveau concerts, par contre, je rate pas mal de choses, ici il n'y a pas encore un public très spécialisé, et du coup les groupes passent rarement (pas forcément un souhait, mais c'est pas toujours évident d'imposer un groupe punk dans un rade, alors un groupe plus bruyant encore musicalement, chaud !).

12) Comment est la situation à Limoges ?
De quel point de vue ? Il y a beaucoup de choses qui se passent, récemment, beaucoup plus de concerts, de nouveaux groupes, une nouvelle génération qui vient aux concerts…Par contre, il y a de tous les styles, reggae, punkrock, hardcore, métal, électro, etc. Ca fait plaisir, évidemment, d'autant qu'on a connu des jours plus sombres.
12)bis la scène rac as l'air très présente par chez vous, les fafs vous posent-t-ils des problèmes ?
Très présente ? Pas exactement ! On peut pas dire, non. Ils en sont réduits à faire ami-ami avec des gothiques.
12) ter de même le fait d'avoir participé aux caves se rebiffent t'a t-il posé des problèmes avec les redskins (ou avec d'autres d'ailleurs) ?
Pas de problèmes, mais des discussions qui parfois s'éternisaient. Si j'y avais écrit des chroniques de groupes chelous, j'aurais certainement mérité d'être embrouillé, ahah. Mais c'est pas le genre de la maison. Y a suffisamment de groupes intéressants à faire découvrir pour passer du temps à chroniquer des trucs très moyens (euphémisme) juste parce que c'est de la Oi ! (ou du punk, d'ailleurs). C'est dommage que LCSR n'ait pas toujours été aussi volontariste, avec une idée plus constructive de la scène, ça les a un peu coincés finalement, et fait pas mal d'ombrage aux qualités de ce zine.

13) Es-tu nostalgique ?
Absolument pas. L'âge d'or, je n'y crois pas du tout, quand on vit les choses, on se rend rarement compte de ce qui se passe ou de l'importance du moment, le seul moyen c'est de le vivre à fond et d'en profiter. Alors chialer sur le passé, bon, ça va cinq minutes… La plupart des gens se donnent ça comme alibi pour ne rien branler : " Y'a plus rien de bien, plus de groupes valables, les gens ne sortent plus… " bla-bla-bla. Au lieu de pleurer sur leur sort, ils n'ont qu'à se bouger le cul, c'est sur la durée qu'on peut changer les choses. Les gens vont là où il se passe quelque chose, rarement vers les aigris qui restent sur leur canapé ou qui geignent au comptoir. Alors la nostalgie…c'est peut-être une façon de se remémorer le passé en se remettant en valeur parce qu'aujourd'hui, ils ne valent plus forcément grand chose ?

14) Que penses-tu des reformations, tel les Bérus, Métal Urbain…
Après la question précédente, tu te doutes que je suis assez partagé sur le sujet. Je n'ai pas vu ces deux groupes, donc mauvais exemples, ceci dit, je ne sais pas si un jour j'irai les voir. A moins qu'ils passent vraiment près d'ici. Un groupe comme WUNDERBACH, par contre, là, pas photo, pour moi, c'était authentique. Ils sont revenus, ils n'ont pas essayé de se faire passer pour ce qu'il n'étaient pas, ils ont pris leur pied, et c'était partagé par le public. Bien sûr, ça fait plaisir de voir ou revoir un groupe mythique, mais dans la plupart des cas, on est loin du compte. Sans parler des thunes mises en jeu, sommes parfois assez colossales, dirons-nous…
Il y a des groupes par contre comme les UK SUBS qui n'ont jamais arrêté, et qui jouent vraiment parce qu'ils ont ça dans le sang (qui a dit qu'ils étaient incapables de faire autre chose ? Charlie ! ! ! ! !). C'est aussi pour ça qu'on les respecte, en plus de leurs chansons tubesques. :)

15) C'est vrai que " Crève salope ", c'était pour Philippe Manœuvre ?
Eh bien, oui, c'était à son sujet. Sans doute pour ses qualités de journaliste et de bonne foi, un gars qui connaissait vraiment son boulot…hum. J'espère juste que les gars de Métal U ne sont pas devenus comme lui.

16) as-tu connu les metal urbain ? et d'autres groupes ? anecdotes croustillantes ?
Non, pas du tout, j'avais voulu les interviewer en 88-89 (en passant par le studio Mix It de Débris et Charlie H.) mais ça s'était arrêté à un contact téléphonique. C'est peut être mieux comme ça, et les voir aujourd'hui, bof, je sais pas si ça me plairait beaucoup.

17) et paris ? c'était si terrible que ça paris ?
Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Paris par rapport à la Province ? Ou la vie quotidienne des punks dépouillés dans le quartier des Halles ? Tu te goures sur mon âge, ahah. Je sais pas trop ce que tu veux demander en fait. Mais Paris, sinon, ben pas grand chose, une très grande ville où finalement les querelles de clochers auront sans doute empêché beaucoup de choses positives. Mais aussi un endroit où je connais quelques personnes qui ont traversé les années avec la même " foi " - ça fait plaisir de les revoir.
18) et l'autre fanzine apatride, il était mieux ? ;)
Il était assez différent du tien, comme le premier GUERILLA URBAINE (ancêtre d'ALIENATION) l'était du mien ! ;) Les époques ne sont pas comparables, de toute façon !

19) quelque chose à rajouter ?
J'avais répondu rapido pour tes premières questions, j'ai été moins brillant pour la seconde fournée, sorry ! Merci pour ton intérêt, je sais pas si tes lecteurs/trices on trouvé ça bien intéressant, mais on peut toujours en discuter ! Une bise ou une tape sur le cul à celles et ceux qui se bougent le popotin pour faire avancer les choses, les prises de tête ça fait plaisir sur le moment, mais à la fin de la nuit il n'en reste pas grand chose. Autant se faire plaisir autrement loin de l'élitisme et de la tentation de la perfection (eheh) !
Ciao.
Raf (je causais en mon nom, évidemment)

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