La sexualité en prison : témoignage de Stéphanie

 

Stéphanie a passé cinq mois en maison d’arrêt, cinq mois de « préventive » totalement absurdes et gratuits. Nous avons beaucoup communiqué pendant cette période et elle a souhaité me fournir ce témoignage sur la place de la sexualité en prison pour femme.

La féminité est un état d’âme dont je ne veux pas me défaire. Je suis entrée femme en prison, je resterai femme. Tenue correcte exigée, pas de maquillage autorisé à l’entrée (mais on peut en avoir un peu par trafic…) aucune intimité, jamais, ni même en parloir avec l’homme aimé. On nous enlève notre liberté, pourquoi veut-on aussi nous priver de notre condition de femme ? Prisonnière oui, mais femme prisonnière ! Nous ne sommes pas de simples numéros d’écrou mais des êtres humains avec nos sentiments, nos besoins, notamment en amour et en sexualité ! Nos yeux ne doivent plus apercevoir des hommes. Sexe opposé =monstruosité ? Ou simple interdit ? Même en parloir, le plaisir est banni. L’amour en prison est à la fois beauté et tristesse : tout est fait pour le détruire, et pourtant il existe et se renforce de ces interdits.
Avec un peu de souplesse, d’imagination, de vivacité, on peut arriver à une pénétration rapide, à la limite de la frustration mais le plaisir n’en est pas moins intense. En sentant le sexe dur et avide pénétrer dans notre ventre on se sent revivre, désirée. Le plaisir mêlé à l’interdit a quelque chose de troublant et d’excitant. Mais si le maton surprend ces « geste déplacés » alors les parloirs peuvent être suspendus, un mois et demi, voire plus. Brimades, chantage sur l’amour et le besoin de se l’exprimer physiquement. Alors on préfère ne pas prendre de risques et l’acte d’amour se restreint encore. La plupart des gestes se font du bout des doigts avec des regards pétillants, amoureux mais qui guettent furtivement les allées venues des surveillants par dessus l’épaule aimée… Mais quel bonheur de pouvoir se toucher, sentir son parfum, sa chaleur, s’embrasser…
C’est ça, l’amour en parloir. Un bonheur, une souffrance, « un voyage hors du temps, un lien qui fait la nique à la punition pour qu’elle ne devienne pas destruction »
(citation, la dernière phrase soulignée, de Luszka Maksymocoicz.)