Urban blight

 

Une interview  du bien connu «one-man-band» francollandais, Urban Blight. Pour ce qui est des précisions techniques, sachez que cette view  a été réalisé par e-mail début Janvier 2003, les réponses datent un peu, mais je pense que rien n’est périmé.

Merci à lui de nous avoir répondu. Pour information au sujet d’Urban Blight, le split LP avec Pekatralatak est sorti, disponible chez certaines listes de distro. Voilà. (par rémi et aurélie, notes d’aurélie.)

 

* Peux-tu présenter Urban Blight, afin de fournir au lecteur avide de découvertes les informations précieuses pour la compréhension de cette interview?

    Urban Blight est un « groupe » français basé en Hollande. Je dis «groupe» entre guillemets, puisque je suis seul, Urban Blight étant un groupe solo : je fais tout moi-même, depuis la boîte à rythmes, les guitares, la basse, le chant et les effets, jusqu’aux enregistrements, mixages, certaines productions et bien entendu tout ce qui concerne les tournées et autres. Sur scène, je joue avec une boîte à rythmes, guitare et chant. Urban Blight existe depuis bientôt 5 ans durant lesquels différentes productions ont vu le jour : un EP («Magnitogorsk»), un split-CD avec les punks allemands de Sterbehilfe («Les banques ça se ferme, les banquiers ça s’enferme»), un CD-r live (« It’s (a)Live... ! ») qui vient de sortir en décembre 2002 et regroupe 13 titres enregistrés ici et là, ainsi qu’une foultitude de démos en CD-r et en cassettes, à tirage plus confidentiels (250 exemplaires max, généralement). Un split-33 t avec les P4 est en préparation depuis 3 ans et demi (donc ça ne saurait tarder...!) et un  «gros » CD type best-of sort d’ici février 2003 : «Urban Blight 98-01», réunissant 23 titres parus sur toutes sortes de supports, des titres en live, spoken words, inédits, etc. Pour résumer en deux mots, mes titres sont principalement orientés sur la situation sociale et humaine actuelle, avec l’accent sur les aberrations que le système entraîne. Outre les textes, je m’efforce de traduire ce malaise par un « son » déchiré et résolument très simple, d’où le choix de la boîte à rythmes et l’absence de basse, le tout sur des rythmes plus ou moins rapides selon les titres.

 

* Pourquoi avoir immigré en Hollande, si c'est pas indiscret (et si c'est indiscret envoie-nous chier, on adore ça)?

Si si, c’est indiscret. Enfin bon, c’est pas non plus un secret d’État : je m’y suis installé tout bêtement pour y rejoindre ma meuf.

 * T'en as pas marre qu'on te compare aux bérus? Quels sont les groupes qui t'ont influencés, ceux que t'aimes écouter, etc...?

   Chaque fois que j’ai l’occasion de parler avec des gens, après des concerts, par exemple, ou durant des tournées, je remarque que ceux qui me comparent à Bérurier Noir ne font heureusement pas la majorité, ils sont même assez rares. Il s’agit surtout de gens qui survolent ce que je fais, qui entendent sans écouter. Ceci dit, cette comparaison me gonfle d’autant plus que je n’ai jamais été vraiment accro de Bérurier Noir. C’est une question d’âge. Il y a deux groupes qui m’ont énormément inspiré : Métal Urbain, pour l’énergie, le son martelé et la simplicité des lignes de guitare, et surtout Clash pour l’énergie, la valeur de l’engagement et l’honnêteté.

Bérurier Noir n’est venu que bien plus tard, je les ai découverts alors qu’ils n’existaient déjà plus... C’est un pote qui m’avait passé une vidéo de leur dernier concert à l’Olympia. J’ai tout de suite bien aimé, je dois dire, mais parce que j’y ai retrouvé beaucoup de Métal Urbain, justement... J’ai demandé à un pote de me faire des cassettes, j’ai écouté  un moment et puis, bon, ça m’a passé. Si certains me comparent à Bérurier Noir, c’est avant tout parce qu’on compare à ce qu’on connaît, bien entendu... Et comme les punks sont plutôt jeunes, ils associent la boîte à rythmes aux Bérus plus qu’à Métal Urbain, parce qu¹ils connaissent plus Bérurier Noir: c’est simplement une question d’âge. Mais les vieux punks comme moi me comprennent...!

    Ce qui continue de me surprendre, c'est que c’est la boîte à rythmes qui suscite principalement la comparaison avec les Bérus, alors qu’il ne s’agissait pas d’un choix délibéré de ma part, au départ, mais  uniquement d’une solution de remplacement provisoire suite à une panne  de batteur ! J’étais moi-même batteur et je suis passé au chant/gratte avec Urban Blight... Enfin, qu’est-ce que tu veux que je te dise : les voies du punk sont impénétrables... !

    Sinon, pour ce qui est de mes «influences» musicales, elles sont innombrables et très diverses. Je ne vais quand même pas dresser la liste de mes groupes préférés...! Mais disons, pour faire court, qu’en dehors des Clash, j’écoutais beaucoup Ministry et des vieux Crass quand j’ai commencé Urban Blight.

 

* En ce qui concerne la Hollande, est-ce qu'il y a les mêmes cons qu'en France, c'est-à-dire des gens bourrés qui viennent dans des concerts pour foutre la merde volontairement (note d’a : les gens bourrés n’ont pas le monopole de ce genre de comportements), parce que "c'est eux les vrais rebelles"? Penses-tu que la France ait le monopole (ou au moins la palme d'or) de la connerie humaine dans le mouvement punk ou que c'est un truc universel?

    Ben, il y a des branleurs partout, mais enfin aux Pays-Bas c’est différent. D’un côté il y a les punks hollandais, qui sont très calmes, pour leur grande majorité. Le citoyen hollandais - même soi-disant révolutionnaire - se situe loin des extrêmes (quelle vertu!), d’une manière générale. Dans les salles, il y a bien sûr toujours un gros con raide pété qui gesticule un quart d’heure en faisant chier tout le monde, mais ce genre de paumé bien imbibé s’écroule dans un coin dix minutes plus tard et n’emmerde plus personne. À part ça, le public hollandais est plus observateur que pogoteur. Et puis il y a l’autre côté, la grande déferlante de l’Est, avec les Russes, Polonais, Tchèques et aussi Roumains et Yougoslaves qui remplissent tous les squats de Maastricht à Groningen etorganisent de plus en plus de concerts eux-mêmes. Ils modifient peu à peu le «paysage» des squats des Pays-Bas, en injectant un renouveau d’énergie intelligente et aussi de joyeux bordel. Depuis deux ou trois ans les squats hollandais revivent, surtout grâce aux Polonais qui mettent de l’énergie dans des lieux qui étaient quasiment à l’agonie. C’est vraiment bien.

    Pour ce qui est de la France, c’est différent, du moins à ce que j’ai pu voir durant mes petites tournées. C’est vrai que j’y vois plus souvent des bourrins qui viennent ostensiblement foutre la merde, mais j’y vois aussi un peu de joyeux bordel pendant mes concerts et ça me fait du bien, ça donne de la vie et de l’énergie, à côté du calme qui règne souvent outre-Belgique...! Je me souviens des squats de Lille (Les Imposteurs) et de Paris (rue de malte et 13), où il y avait vraiment de la vie et de l’énergie ! Faudrait quand même pas oublier que la musique n’est pas faite pour être observée en spectateur : elle doit se vivre, ça doit bouger !

 

* Y'a-t-il plus/moins de concerts en Hollande? L'État est-il plus/moins ouvert culturellement? Favorise t'il plus qu'ailleurs l'expression des modes de vie alternatifs?

    Ah, plutôt, oui... Pour ça la Hollande est vraiment un chouette pays. Chaque ville moyenne compte plusieurs squats d’activités - le squatting est toléré, voire légal selon les municipalités - plus quelques anciens squats légalisés, plus encore une ou plusieurs grosses salles... Dans chaque ville moyenne hollandaise (Utrecht par exemple, où j¹habite), on a chaque week-end 2 ou 3 concerts différents avec chaque fois de 2 ou 3 groupes par squat ou salle, pour presque rien d’entrée, avec des bières à 60 ou 80 centimes d’euros, plus deux ou trois gros concerts chaque mois dans les salles légalisées. Ajoute à ça qu¹à Utrecht tu as deux grosses salles de près de 2000 personnes pour les groupes d’envergure, tu vois un  peu. Non, vraiment, pour ça on ne peut pas se plaindre, on ne s’emmerde pas ici. Et puis il y a les squat-bars tous les vendredis, plus les squats-resto tous les mardis, le tout ultra bon marché ça va de soi... Et sinon, Amsterdam est à 20 minutes à peine.

    Le revers de la médaille, c’est naturellement que la politique néerlandaise est plus insidieuse que la politique française, mais elle vise le même objectif : obtenir la paix sociale pour que les «affaires» marchent. En France, c’est de tradition, on ferme les squats et on réprime. En Hollande, c’est plus vicieux : on autorise le squatting et le chichon, et au bout du compte on crée une mini-société qui s’imagine vivre en révolutionnaire alors qu’en fait elle s’enfonce et s’embourbe dans ses propres contradictions,dans son mode de vie étriqué d’une part par les manques de moyens matériels dont elle dispose et d’autre part par un certain esprit d’élitisme qui la fait tourner en rond au bout d’un moment, le tout noyé dans de l’alcool et du chichon qui endorment. Résultat des courses : les soi-disantrévolutionnaires, dans leur grande majorité, dorment d’un lourd sommeil éthylique, s’organisent leurs petites soirées spaghetti antifascistes en s’imaginant changer le monde alors qu’en fait ils ne gênent personne, et surtout pas ceux qui sont à l’origine de tous nos maux, c’est-à-dire les possédants et les exploiteurs, ils s’enterrent dans un milieu fermé qui devient un véritable club privé. Arrivés à la quarantaine, ils se posent des questions sur le sens de leur vie, deviennent encore plus réactionnaires que les réactionnaires qu'ils critiquaient, et au bout du compte s’en vont rejoindre les hordes de crétins qui font leur shopping du samedi après-midi... Je parle d’expérience personnelle, de potes que je connais depuis 10, 15 ou 20 ans... Bien sûr, cette réaction est humaine. Et l’État permet et entretient cette situation, il en tire profit. S'il arbore ce soi-disant laxisme, c¹est par pur intérêt. Il y trouve son compte. Je vois le résultat autour de moi: des copines polonaises, par exemple, des gens d’une grande valeur, qui se retrouvent contraintes pour survivre d’aller faire des boulots de nettoyage pas possibles, au black, dans des conditions alarmantes pour la santé - je parle d’expérience là aussi - parce que l’État soi-disant tolérant ferme les yeux sur les sans-papier, et que ces derniers se font ainsi joyeusement exploiter par des possédants. La jungle n’a jamais amené qu’un capitalisme extrême, jamais une société libertaire juste.

 

* Peux-tu nous parler de ton nouveau groupe? pourquoi ce désir d'être à 2, n'avais-tu pas assez d'emmerdes tout seul?

    D’abord un petit rectificatif : dans les Bastards on est trois, pas deux. Le groupe s’est constitué par hasard. C’est Dusiowek, un pote qui a fait le son dans deux tournées d’Urban Blight ces deux dernières années, qui m’a mis en contact avec Kula. Ils sont vieux  potes du même bled en Pologne. Au départ, Kula voulait me rejoindre et faire Urban Blight à deux. Moi je n’y tenais pas trop, je veux conserver Urban Blight sous sa forme solo. Donc on s’est mis à répéter ensemble en mai 02, à deux guitares et avec ma boîte à rythmes, pour faire un autre groupe en parallèle d’Urban Blight. Dusiowek nous a rejoints en second chanteur après l’été. Ensuite, on a essayé avec un vrai batteur, mais ça a foiré. On a aussi envisagé un troisième chant, une basse, et puis finalement on a tout abandonné et on conserve le «trio». On va d’abord essayer de trouver notre rythme de croisière, et ensuite on verra pour étoffer un peu le groupe... Mais ça va, on avance, 8 titres en deux mois, on commence à tourner bientôt, on joue dans deux squats en février, au Kortsluiting d¹Utrecht le 7 et à l’Onderbroek de Nijmegen le 28. J’avais déjà organisé une mini-tournée en Belgique et en France pour janvier ou février mais tout est tombé à l’eau pour des questions de logistique et de boulot à la con. En tout cas, un CD-r de 8 à 10 titres en déjà en préparation depuis octobre 02. J¹ai pris l’habitude d’aller très vite, avec Urban Blight... The Bastards est un peu le même qu’Urban Blight, tout en étant radicalement différent. Bien sûr, on joue encore avec une boîte à rythmes et sans basse, et comme je fais toutes les lignes de batteries, la moitié des chants et des lignes de gratte, on retrouve forcément des similitudes. Mais en même temps le chant de Dusiowek est très péchu, Kula est un bon gratteux (pas comme moi!) et il nous pond la moitié des titres... Ca change tout. D’une manière générale, c’est plus hardcore que punk, plus rapide et plus lourd qu’Urban Blight. Bien sûr, il y a certains trucs que je ne ferais pas comme ça si j’étais seul, des petites choses qui me plaisent un peu moins, mais dans un groupe on ne peut pas décider de tout, pas vrai ? Pour certains trucs on vote et quand j’ai pas la majorité, ben... C’est comme ça qu’on ne fera pas de reprise de Clash en concert, ce que j’adore faire avec Urban Blight... Les autres m’ont envoyé chier, là-dessus. La vie est un combat...!

* Que penses-tu de la mouvance dite "anarkopunk" (penses-tu en faire partie?) et notamment de ses dérives régionalistes ou autres?

    Hou là j’ai jamais été très bon en étiquette politique....! Pour moi, la politique est uniquement humaine. Les courants, les grandes idées, j’ai toujours considéré ça comme des théories de comptoirs pour se faire mousser. Je juge les gens sur ce qu’ils font, pas sur ce qu’ils disent. Je ne sais pas du tout de quoi tu parles, au sujet de ces «dérives régionalistes», désolé... ( note d’a : ah bon? T’as pas fait un split avec les p4 toi pourtant? Ça veut dire quoi getam???) Je ne sais pas non plus quoi penser de l’anarkopunk. Je me dis anarchopunk uniquement pour résumer en deux mots ce que je fais, à l’intention des gens qui organisent des concerts. Mais j’ai conscience que ça réduit énormément. À mon avis, il y a autant d’anarchopunks et d’anarchismes qu¹il y a d’anarchopunks et d’anarchistes. Ma définition de l’anarchopunk, c’est une musique et des textes parfois gais, parfois désespérés, toujours humains et fragiles, toujours honnêtes et sincères, sur un fond de vieux punk comme de hardcore, pour mieux traduire la violence et le malaise qu’engendre la vie qu’on nous fait mener. C’est un peu ma définition. Et Urban Blight est cet anarchopunk-là, je le revendique.

    Pour le reste, les gens font et disent ce qu’ils veulent : ça n’engage qu’eux, pas vrai ?

 

* Entretiens-tu des rapports privilégiés avec des groupes hollandais (parce que j'ai l'impression que malgré le fait que t'habites en Hollande, tu produis surtout avec des groupes étrangers)?

    Comme je joue un peu partout aux Pays-Bas, et aussi que je programme parfois des groupes à Utrecht, je suis un peu en contact avec tous les groupes hollandais et étrangers qui viennent ici. Je m’entends bien avec certains, pas du tout avec d’autres. Sinon, c’est vrai que j’ai pas mal de contacts avec des groupes et des zines français, et surtout avec des productions et des distros françaises... Ca tient sans doute au fait que je m¹obstine à chanter à 80 % en français. La langue française est ma passion, qu’est-ce que tu veux que je te dise... Et je pense que je parviens de toutes façons à exprimer mes idées sur scène, par ma présence, ma conviction, quelques explications en anglais et les petits 20% de textes anglais. Je constate que le ciment prend, à chaque concert. La formule fonctionne.

 

* comme tu fais beaucoup d'interviews j'aimerais savoir quel est ton fanzine préféré?

    Le meilleur que je connaisse est sans aucun doute « Bambule », (ex «Tu honoreras ton père et ta mère»), de Grenoble, fait par Nicolas des Nains-Aussi Records. C’est plus qu¹un fanzine, c’est un véritable ouvrage de littérature, d’arts et de critiques sociales et politiques, très constructif, très détaillé, très mûr. Ca mériterait d’être en kiosque à l’échelle nationale. Sinon, parmi les fanzines qui sont uniquement consacrés à la musique, il y en a deux qui me plaisent tout particulièrement : Déviance, de Stéphane, à Épinal, pour son honnêteté, sa chaleur et son engagement, et aussi Punk System de Jean à Brest, parce qu’il est bien fait et surtout parce qu’il n’hésite pas à démonter les trucs qu’il n’aime pas, au lieu de faire du politiquement correct remâché.

 

* penses-tu qu'il y a un âge limite pour faire du punk?

    Oui: quand on est mort.

 

* Si oui, pourquoi?

    Parce qu’on est mort.

 

* Un mot de la fin? Je te donne un thème: Dieu. Démerde toi avec ca. Je veux 3 lignes.

    Je n’ai pas besoin de la croyance religieuse mais je la respecte si elle peut apporter un soutien à celui ou celle qui a peur de vivre ou de mourir. J’apprécie la croyance si elle enrichit le croyant, d’une manière ou d’une autre, et le rend meilleur.  Je dégueule la croyance si elle abrutit le croyant et lui ferme les yeux. Je n’ai rien contre  un quelconque dieu qui prônerait le bien, le partage, la compréhension, l’égalité et condamnerait le vol, le meurtre, bref, résumerait le Code civil en quelque sorte. (note d’a: un bon patron est un patron quand même. Un anar qui condamne le vol ça me fait bien marrer, car si il y a vol, c’est qu’il y a propriété.) Je dégueule l’Église parce qu’elle ne constitue finalement qu’un regard malade de l’Homme sur la religion et somme tout une propagande liberticide. Et au-dessus de tout ça, la liberté d’opinion reste un droit fondamental. Merde, ça fait huit lignes.

 

CONTACT:

Urban Blight  c/o Schoenerstraat 18,

3534 RM Utrecht, The Netherlands.

http://move.to/urban.blight      ubx91@yahoo.com